Dimanche 15 mai 2016. Morphée m'a abandonné, et tandis que Boulogne dort encore, je me réveille tel un moine dans sa cellule se préparant aux matines, mais au lieu d'une chapelle au réconfort divin, je réponds à l'appel des pontons et de la compétition.

Arrivé à 7h02, je tombe sur un cricri hagard, étonné d'être le seul à quai. Pour une fois qu'il avait pensé à la baguette et au café, j'étais sûr d'être au GPICO et pas à la VULCO ! Yann nous rejoint également et aujourd'hui nous ne serons que 3 pour rallier Gravelines, la nouvelle capitale du nautisme.

Douceur matinale

Douceur matinale

Une douce effervescence envahit les pontons et les goélands, coutumiers d'un port abandonné, s'envolent pour laisser place aux athlètes désireux d'en découdre. On partage le café et les croissants et certains essaient d'éteindre les dernières vapeurs de la veille, les dernières émotions d'une soirée réussie.

On cogite autour des dernières infos météo... on annonce pétole... la journée risque d'être longue. Les voiliers habillés de leur plus beaux atours, gagnent le large pour une course le long de la bande côtière, où défileront la pointe aux oies, les 2 caps mythiques, la baie de Wissant, les atours de Calais, pour enfin rejoindre les eaux chaudes d'une Gravelines rayonnante de ses installations nucléaires.

Les pontons goûtent avec joie le pas des régatiers

Les pontons goûtent avec joie le pas des régatiers

Le courant est fort comparativement à la force éolienne qui affiche un 0 pointé. Le comité décide de ne lancer, pour ce côtier d'environ 30 milles, qu'un seul départ pour toute la flotte. L'aperçu est envoyé et nous sommes à la ramasse et toutes les peines du monde pour rallier la flotte. Nous sommes descendus trop bas et la vitesse du voilier ne permet pas d'effacer ce courant contraire. Heureusement, d'autres équipages se sont laissés également emporter, mais au dessus de la ligne et le comité lance le pavillon du rappel général... OUF ! Cela nous permet de nous repositionner.

Un 2nd départ est lancé et cette fois ci, ce sera le bon. Difficile de retranscrire la longueur de ces 2 milles pour atteindre la bouée de dégagement, difficile de narrer ce qui se passe dans les têtes quand le vent est absent, et qu'Eole laisse Neptune s'amuser avec les carènes, difficile de dessiner ces regards scrutant la surface de ce fluide colloïdal à la recherche d'une ride, synonyme d'un joli profil de voiles et non pas d'un fasaillement incessant, et la langueur qui s'abat sur les équipages....

Les sanglots longs des régatiers de mai, blessent leurs coeurs d'une langeur inavouée.Les sanglots longs des régatiers de mai, blessent leurs coeurs d'une langeur inavouée.

Les sanglots longs des régatiers de mai, blessent leurs coeurs d'une langeur inavouée.

Qu'importe, il faut avancer, et nous observons les plus gros voiliers. Ceux qui ont tiré au large semble toucher du vent, alors nous filons dans cette direction. Et quelques risées viennent frémir la surface aqueuse permettant à DF2 d'avancer par soubresaut. Après plus d'une heure de nav', nous franchissons la bouée de dégagement. Les plus gros sont devant et pour l'instant, nos concurrents directs sont derrière nous. Mais ce répit ne sera que de courte durée.

Nous avançons sous spi, comme une colonne de dromadaires égarés dans le désert, à la faveur des facéties d'un vent qui jusqu'alors absent décide soudainement de s'inviter à l'évènement. Suffisamment pour permettre aux plus petits gabarits de refaire leur retard... et vers 10h30, le souffle des équipiers de Funky Shit vient réchauffer nos nuques. On se souviendra du "ça pique aux yeux, mais ça va vite passer" lorsqu'ils nous dépassèrent à l'approche du Cap Gris-Nez.

Ca fait mal...

Ca fait mal...

On voit 1h après Lion nous distancer, puis ce sera au tour de Stormy Weather... peut être la décision d'une option trop moyenne, peut être le cap privilégié à la vitesse, peut être un vent trop mou pour un voilier comme Douce Folie 2, bien plus favorable pour ces voiliers plus légers ou plus simplement: ils allaient plus vite que nous.

 

Entre les Caps Gris-Nez et Blanc-Nez

Entre les Caps Gris-Nez et Blanc-Nez

Et pourtant, on a l'impression de marcher.

Big Ben sonne 14h, le vent est monté; derrière nous, de gros nuages gris viennent assombrir la marche des derniers voiliers. Sous mama boulé, Dunes de Flandres, ADHOC, Picsou sont en tête et ne sont plus que des points sur l'horizon.

Le vent ayant forci, Douce Folie retrouve de la puissance et l'enthousiasme s'installe à bord. Ce vent nous est plus propice et c'est après Calais que l'on recolle à la flotte, nous offrant même le luxe d'un lof pour lof avec Jean Marc et son Carpe Diem dont nous finirons par sortir vainqueur grâce à la maîtrise du barreur et accessoirement de ses régleurs. Quant aux voiliers de notre classe, ils sont trop loin et la distance jusqu'à la ligne d'arrivée bien trop courte pour refaire notre retard.

Nous finirons 5ème de cette manche mais il faudra repasser en boucle ce côtier pour comprendre les origines de ce classement.

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