Risée

Risée

Dictons du jour en forme de teasing, entendus sur les pontons boulonnais: 
 
"En mer, on sait quand on part, on ne sait jamais quand on revient.." ;
"Une course n'est jamais au grand jamais finie avant la ligne d'arrivée, surtout quand il n'y a pas de vent et de courant.."
 
Incroyable comme les régates se suivent et ne se ressemblent pas! Alors que les voiliers ont affronté la dernière fois des conditions dantesques, couchés par le vent, ballotés par les flots, c'est un tout autre registre aussi dingue qui nous attend aujourd'hui. Un registre parfois plus difficile qu'un coup de vent, un registre stressant et inquiétant, un registre où la patience atteint ses limites lorsque la course devient folle, un registre diabolique, j'ai nommé...la pétole. Ou la molle, le sans vent, le pas de vent, le mou, le néant...
 
Bref il fait beau, doux, et 4 nœuds de vent sur la ligne de départ de la dernière manche de l'année de la première Coupe Pierre-Etienne Quéhen. Pas moins de 5 bateaux présents mais pas d'Open 570 (fin de la saison je crois?), dommage car c'est aussi l'intérêt des régates du samedi après-midi, de créer un rapprochement et de l'émulation sur la ligne ! Douce Folie 2 a mis son grand génois, Colbard aussi, le grand Surprise Chicago est de retour, j'envoie sur Mistho un code 0 et Pierre-Jean à bord d'Atlantis Merris nous concocte "un parcours novateur", ATT, Ophélie, Arrivée, et envoie une belle procédure dans la foulée.

 
Dans la pétoleDans la pétole
Dans la pétole
Dans la pétoleDans la pétole

Dans la pétole

Les fauves sont lâchés... tranquillement, pointés à 1 ou 2 nœuds dans 3 nœuds de vent erratique plutôt sud-ouest d'abord. Je privilégie la vitesse et part au largue serré sous la route, quand les autres restent au plus près du vent en route quasi direct. C'était sans compter les caprices d'Eole qui varient beaucoup et tendent à refuser vers l'ouest, m'obligeant à remettre le solent, route au nord-ouest.
 
La tension est palpable sur le plan d'eau, à la recherche du vent perdu ! Finalement je vire en premier et un peu haut, le vent tournant encore un peu, pour me retrouver sur l'autre bord au largue serré à nouveau. J'en profite pour renvoyer le code zéro, en route directe sur ATT. Derrière, Chicago, Colbart puis Douce Folie 2 virent à leur tour, filant aussi vers ATT mais au près. Atlantis Merris a des impératifs et doit malheureusement nous abandonner. Sur l'eau, les écarts en latéral se resserrent mais ayant une meilleure vitesse, je passe ATT avec un peu d'avance sur Chicago, suivi de près par Colbart et un peu plus loin par Douce Folie 2.

Le peu de vent à l'air de rester à l'ouest-nord-ouest, j'affale le code 0 pour envoyer le grand spi, les autres aussi envoient le pépin. Il y a 3 à 4 nœuds de vent, je vais à 3,5 nœuds tracté par les 110m² de la bulle, à la barre, les yeux rivés sur les voiles, l'écoute à la main, priant pour ne pas perdre ce petit souffle qui maintient la toile gonflée et le bateau en vie. Mais quel plaisir lorsqu'une petite risée envoie de la pression dans le bateau, donnant une sensation de glisse intense alors que l'on est qu'à 4 nœuds ! Le courant descendant commence à nous pousser vers le sud et Ophélie, où j'empanne en tombant dans la molle redoutée !
 
Les voiles battent mollement, et peinent à reprendre de l'air. Je constate avec anxiété que je n'avance plus par rapport à la bouée, étalant tout juste le courant que j'ai maintenant dans la figure, les autres revenant fond de train ! Vais-je devoir mouiller pour éviter de reculer ? Finalement, un filé d'air revient et me permet de repartir vers le caisson. Derrière, Chicago enroule Ophélie, toujours suivi de près par Colbart puis Douce Folie 2.

 
SunsetSunset
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Ce dernier bord se révèle crucial, face au courant forcissant, surtout que le vent nous joue des tours et refuse à nouveau de plus en plus vers le nord, m'obligeant à lofer au maximum du spi.  Que faire, renvoyer le solent tout de suite pour assurer le bord ou rester sous spi pour faire de la vitesse face au courant et profiter des aléas du vent pour remonter un maximum ? je choisis la deuxième option, en déroulant quand même le solent sous spi au moment de longer le caisson pour me donner le petit plus qui me fait passer tout juste...
 
OUF !! Mistho franchit la ligne après 2h22min58s d'une course haletante!
 
Derrière, c'est "le bord le plus long" et rien n'est joué ! Les trois voiliers ont affalé assez tôt leur spi et progressent maintenant au près serré. Colbart a anticipé après Ophélie en serrant tout de suite le vent et se trouve plus au large, espérant rallier la ligne d'un bord malgré le courant. Chicago et Douce Folie 2, plus abattus au départ, vont arriver à terre avant la rade, le long de la digue sud. Tout mène à penser que Colbart est le mieux placé pour enfin l'emporter... Hélas, trois fois hélas pour lui, Douce Folie 2, alors en queue de peloton, arrive au ras de la digue sud en premier et, protégé du courant, attrape une veine de vent et se lance dans un magnifique tricotage au ras des moules de la digue, laissant sur place Chicago, encore un peu trop au large ! Non content de son option, le bateau aussi rouge que le superbe soleil couchant effectue la remontée la plus fumante de l'année, persévérant ses bords dans la rade à l’abri du courant, ne ressortant que pour enrouler le caisson au plus près et franchissant la ligne après plus de 3h de course, 10 et 20 minutes devant les deux autres alors qu'il en avait autant de retard après la dernière bouée ! C'est beau ! Chicago, dans sa lancée, passe troisième, suivi de Colbart, décidément malheureux dans les derniers bords! Quelle course !
 
Nous rentrons finalement au port dans le calme de cette belle soirée, des images plein les yeux, des stratégies plein les neurones et des rêves plein la tête :).
Sunset 2
Sunset 2Sunset 2
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Sunset 2

A la nuit tombéeA la nuit tombée
A la nuit tombée
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A la nuit tombée

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