Voilà près de 40 jours que les stars océanes ont pris la mer, rencontrant pétoles, vents contraires et rafales, vivant au rythme d'un gréement qui peut s'abîmer au moindre coup de vent, victimes physique et psychologique d'un milieu extrême, et moi pendant c'temps là, je gère stratégiquement la marche de mon voilier, au rythme de ma vie, au rythme des wifi.

Plus de 250000 skippers virtuels s'affrontent sur un océan si peu réel, seuls des souvenirs de régates baladent notre esprit vers les grands surfs, les albatros et les embruns tandis que tranquillement, sans souffrir, sans souffler, sans grimper au sommet du phallus improbable qui porte ma voilure, je change mes voiles d'un clic de souris, je ne crains ni la perfidie des vents contraires, ni ne salue un souffle salutaire, l'océan est ici un jeu sans risque. Je ne connais pas tout ce monde sur le plan d'eau mais je régate comme pour un islandais avec 14 potes qui devant, qui derrière, accordéonnent sur mon pc.

2 asso s'affrontent dans cette lutte fratricide, le YCB (Yacht Club Boulonnais) et l'APOC (Association des plaisanciers ouvreurs de coque). J'aperçois loin devant moi, quasi déjà dans un autre océan: Sam en tête de ma petite flotte, suivi d'Erwan et de Pascal. Ils semblent intouchables, emmenés par la locomotive dépressionnaire, mais on se bat pour remonter sur eux, tout peut arriver, une mauvaise option ou un échouage et c'est le meilleur qu'on peut leur souhaiter. Loin de nous les casses de mât, les fractures de la jambe, l'abandon, la fatigue, seul le plaisir du choix de l'option. On les connait si magnifiques sur l'eau, ils le sont tout autant en virtuel.

Derrière ce trio, on rencontre Shenandoah... emmené par Guillaume. Heureusement d'ailleurs car si Patrick avait pris la barre de l'esquif, il serait encore aux sables, bloqué dans l'écluse avec un pavillon dans l'hélice... Guillaume n'est pas loin du podium, flirtant à moins de 300 milles du 3ème.  J'aime bien ma petite flotte, ça va charrier à l'arrivée, et on va encore se raconter des histoires, se faire mousser, bref, prendre un vrai pied.

En 5ème position de la flotille et à quelques 30h de ma position, on rencontre le président de l'APOC, président et commodore à vie, hybride aux talents insoupçonnés, apôtre de V.Hugo pour son verbe, disciple de Rocco pour le doigtage de souris, voilà ce fier à bras franchissant d'un pied svelte la 3ème porte du Sud.

De la 6ème à la 9ème position, Eric, dit le talon d'or 2008, dit le GO, Mimo dit le motard, dit le "get up, stand up", Cricri dit l'amoureux transi, dit boutique we - le chatillon l'écailler - Gite de la mer, et moi même, nous nous battons au plus fort de la tempête pour prendre le meilleur sur les 4. On se tient à moins de 100 milles avec un avantage prononcé pour le Ricoud. Les positions changent toutes les heures, les options étudiées à la loupe, les virements de bord se succèdent pour attraper les meilleurs rafales, mais il semblerait que les fonctionnaires soient mieux lottis, ayant le temps de vaquer devant leur écran. Mais si Eric que j'affectionne trône devant nous, c'est qu'il est aidé par sa comparse et compagne qui le remplace au pied levé lors de ses absences au bar du YCB. Ce n'est plus de la solo, on entre dans la double et là c'est une autre régate. Mimo, Cricri et moi avons hissé un pavillon rouge à la poupe et des réclamations seront présentées à l'arrivée, car aucun bateau à moteur ne peut suivre le rythme infernal imposé à nos montures.

En 10ème et 11ème position, à quelques 200 milles de ce groupe de vikings, la "castel's family" où on devine la rage du fils à être devant le père et le père qui ne s'en laisse pas compter. Les Chateaux, grands marins devant l'Eternel, semblent tout de même plus aguerris sur l'eau. Mais si FEC est derrière FC, c'est que le père s'est pris la barbe dans le clavier et éprouve les pires peines du monde à s'extirper de ces noeuds.

En 13ème position, mon pote Pierre Yves, avec lequel j'ai usé mes fonds de culotte sur les bancs d'Haffreingue Chanlaire, après avoir pris un bon départ, a failli s'échouer en Antarctique, faute d'être présent sur le pont. Malgré les sirènes d'alarme qui retentissaient en permanence, l'éducation de ses 2 fistons l'a accaparé au détriment de la course, mais malgré cela, son option particulièrement Sud lui permet de revenir sur la flotte à grande vitesse !!

Enfin, Virginie, 14ème de ma fine et folle équipe, unique femme de ce plateau relativement élevé, arrivée sur le terrain de jeu tardivement ne baisse pas les bras, et même s'il lui arrive, parfois, d'oublier d'empanner, la sirène maintient une cadence infernale pour revenir.

Bref, voilà où nous sommes en ce 39ème jour de course, chaudement installés près du feu, nos petites chéries nous apportant un café et des mignardises, la tête dans les calculs tenant compte de la rotondité et même du caractère ellipsoïde de notre bonne vieille planète. Ici, pas d'OFNI, les embruns sont blancs et la mer est propre et d'un bleu saphir.

Prochaine vacation dans quelques jours et n'hésitez pas à poster vos sensations. Bises à tous et à bientôt sur l'eau.
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