Voici quelques jours, je décrivais la route de mes corréligionnaires dans le Vendée Globe... on va arrêter de dire "virtuel" car, tout le monde s'en fout, et de plus, à la lecture des petits messages qu'on s'envoie, l'intérêt est des plus réels. Depuis le dernier post, de nombreux changements ont eu lieu au sein de la course que je m'en vais vous narrer...

Le 18/12, Eric, Mimo, Cricri et moi étions dans un mouchoir de poche, au taquet, sur le qui vive, toujours à en découdre. Et puis, pour raison professionnel, j'ai été 48h absent. Sachant que je ne disposerai d'aucun accès internet, j'avais dès lors étudié attentivement la météo sur les 12, 24 puis 36h, et après avoir trouvé un compromis que je pensais fort acceptable, je pars pour le taf. 2 jours plus tard, ma mission accomplie, c'est le coeur léger que je regagne mon foyer. J'allume le pc et, 1er réflexe, je lance mon navigateur, clique sur Virtualregatta, et là... l'horreur; la vile nouvelle tombe comme un vulgaire coup de guillotine... non seulement j'ai chuté de 9000 places, mais en plus mon boat navigue à 0 noeud !! Je regarde les vents... pas du tout ce qui était prévu, ni en force, ni en direction. Face à ce fiasco naval, digne d'une démission Lethermesque, je me retrouve face à une alternative. Soit je laisse voguer mon frêle esquif vers une route incertaine au risque d'arriver aux Sables l'été prochain, soit je me fous à la table à carte et je n'abandonne pas. Vous connaissez mon caractère... Ca brainstorme à donf sous la boite crânienne, les neurones s'illuminent comme une guirlande de sapin, la gaine de myéline se renforce pour optimiser l'analyse et en parallèle, j'active le cerveau reptilien pour aiguiser mon instinct. Virginie (ma dulcinée que je vous présenterai à l'arrivée), me prépare une perfusion d'un savant mélange de caféine - redbull - guronsan qu'elle m'enfonce dans le bras gauche tandis que ma main droite s'active sur la souris. J'ai des centaines de milles de retard sur les potes, et la "Castel's family" est même passée devant moi, me laissant à plus de 100 milles. Et là, je vais passer 36h à poste, à remonter la flotte et réduire mon écart .....  Avant de poursuivre, je vais quand même parler de mes autres compagnons de route, lesquels pratiquent également le yoyo au gré de leurs activités diurnes et nocturnes.

En tête de la flotte, au large de la Nouvelle-Zélande, et j'ai presqu'envie de dire, au large de l'Antarctique vu sa position très voisine du 60ème parallèle Sud, notre Sam, concepteur du plus beau site du monde mène toujours la danse, et connaissant sa rage de vaincre, je pense qu'il passera les prochaines semaines à mener à bien son embarcation vers une possible victoire. Malheureusement, ca signifie également que la nouvelle mouture du prochain site n'est pas prête d'être réalisée.... oups.

Sur la 2ème marche du podium, la Cruche reste au taquet. Erwan mène un combat titanesque le long de l'orthodromie, dans des vents avoisinant les 40 noeuds. Je l'imagine dans sa mairie bretonne, les copains lui jetant des verres d'eau au visage pour simuler les embruns, secouant sa chaise pour simuler la gite, soufflant dans ses oreilles pour mimer le vent... bref, dans cet univers hostile, notre APOCIEN présente une faculté d'adaptation hors du commun, un chef d'oeuvre de l'homo sapiens sapiens apociens (prononcé apociunse)

La 3ème place, même si elle appartient de droit à notre Crayon, trésorier payeur par vocation et prof par dépit, elle risque de lui échapper si Béa ne s'occupe pas plus des enfants afin de laisser son homme jouer au fin stratège. En effet, à environ 100 milles dans son SW, alors qu'il comptait 300 milles de retard, gatou-gatou revient comme un Desjoyeaux sur le peloton. Le Gui ne s'en laisse pas compter et il semblerait qu'il suive sa course de façon ponctuelle, naviguant toujours à vitesse max même dans le petit temps. Aurait il fait le choix de certaines options comme le pilote automatique.. nous en saurons plus dans quelques jours.

A la 5ème et 6ème place, ayant franchi depuis quelques jours déjà la 3ème porte du grand Sud, Claire de mer et Mimille 22. Nos 2 lascars sont sur la même longitude mais naviguent selon 2 options différentes. Le président à vie de l'APOC (Mimille22) a opté pour le nord, car comme il le dit lui même: "si je n'avais pas été breton, je serai né boulonnais, à Boulogne de la mer sur mer". Quant à Philippe, il a suivi les pas de son fiston en prenant largement au sud et parcourt ainsi moins de distance, mais il y trouve, surtout en ce moment, des vents beaucoup plus favorables qui pourrait l'amener à dépasser notre Commodore... Ca va vibrer sur les ondes...

Notez également que Philippe sur Claire de mer à négocier le passage de la bouée de la 3ème porte imaginaire avec le même brio que Russell Coutts dans l'America's cup... impressionnant... ho-mé-rique !!!

Ensuite... ben ensuite, c'est là qu'a lieu le plus grand chamboulement !!! Le groupe de 4 s'est étoffé de 2 nouveaux compagnons à savoir FEC et Ferréol, mais surtout, il a vu Mimo et le Ricoud mettre les voiles. Nos 2 amis menant ce peloton pointent à 350 milles de moi (je noterai au passage que l'écart à quand même atteint les 420 milles après mes 48h d'absence... mais c'est de bonne guerre, j'avais qu'à pas m'endormir dans le carré...) et se trouvent également sur la même longitude. Mimo toujours dans le nord, suit scrupuleusement la route la plus courte, tandis qu'Eric à privilégier le sud... Enfin, je dis Eric, ca peut tout aussi bien être Marine, sa routeuse chérie et adorée. Bref, ils sont devant et ça fait chier les poursuivants... mais qui sont ils, ces poursuivants? Dans un mouchoir de poche, à quelques milles les uns des autres, Cricri, Ferreol et FEC jouent les pourfendeurs d'écumes. FEC a fini par se couper la barbe afin de se dégager du clavier et a effectué une magnifique remontée sur le rejeton... Chez les Chateaux, ca se lève tôt, car j'ai pu constater que ce matin à 7h, ils avaient empanné... ca ne rigole pas !!! Les 2 se suivent comme pour un islandais, tandis que Cricri vient de choisir une option vers le nord et file pleine balle dans le 63, afin de négocier au mieux et selon d'improbables prévisions météo le passage de la bouée. Enfin, moi, après avoir tergiversé, à savoir piquer plein sud afin d'essayer de recoller avec le groupe au risque d'être dans le même système météo et de ne rien grapiller ou rester dans le nord en faisant preuve de patience pour atteindre des vents qui me ramèneraient vers mon petit groupe; j'ai choisi l'option 2, et il semble qu'elle paye, puisque je ne suis plus qu'à 60 milles de mes 3 comparses après avoir compter jusqu'à 123 milles de retard. La course n'est pas finie !!!

Mon pote Pierre Yves, à quelques 800 milles derrière moi, m'a annoncé à la vacation de 22.10, qu'il n'aurait plus accès au web jusqu'au 07/01. Il s'est donc mis sous spi lourd et fait cap dans le 100. Ceci doit lui permettre de passer les portes sans souci, mais à quel prix... nous surveillerons malgré tout sa progression car si la mer peut s'avérer sournoise, elle sait être complaisante pour les braves.

Enfin, Virginie, l'unique demoiselle de la flotte continue sa progression même si parfois elle est ralentie au point d'indiquer du 0 noeud au compteur. Comme elle le soulignait tantôt: "la régate n'est pas vraiment compatible avec mon métier, j'aurai du être prof !!!" Mais elle s'accroche la bougresse, et remet son "la moulette" sur les rails et compte bien finir cette course.

Voilà, nous en sommes au 44ème jour de course, ma petite planète va bien, dans quelques jours, je suis sur Boulogne de la mer sur mer, et j'espère pouvoir évoquer avec mes compagnons de voyage cette pression que nous subissons (Fred, encore 8 bières...) et ces choix douloureux ou heureux qui nous voient régresser ou progresser au classement.

Prochaine vacation le 26... en attendant ... bon vent à tous !!!

Retour à l'accueil