2011 - Estelle&VincentLes voiliers laissent derrière eux la rade boulonnaise et les génois et grand voile sont progressivement envoyés tandis que s'éteignent les moteurs diesel, la technologie s'inclinant devant l'écologie à la satisfaction de Guy Laplatine, membre incontournable des "Waterproof" et écolo dans l'âme.  La Baie St Jean s'anime en ce début d'après midi pour le plus grand plaisir de la foule innombrable qui a envahi la digue de Wimereux afin de suivre cette régate désormais internationale.

 

Quelques bords en divers points du plan d'eau nous renseignent sur l'origine et la force du vent et permettent déjà d'imaginer le parcours. Le courant est pour l'instant constant, mais d'ici 2h, la bascule aura lieu et il faudra en tenir compte pour les manches suivantes. A la VHF, canal 77, ca chahute un peu pour le plaisir de tous et le comité donne les dernières directives pour mouiller les bouées. Nous profitons de ces instants pour nous restaurer une ultime fois, hydrater nos corps engourdis par un long hiver et sur calcanéum, je glisse encore quelques conseils qui ne sont écoutés que d'une oreille puisque tout l'équipage se croit en train de faire de la plaisance... Mes gaillards ne savent pas à quoi ils s'attendent.

 

Le comité envoie les pavillons,  on lance les 5min sur le chrono mais l'électronique embarquée n'est pas opérationnelle car les 3/4 des outils informatiques ne fonctionnent pas... alors c'est nav' à l'ancienne. On est dans la minute juste avant le départ. Quelques virements de bord et on n'est pas trop mal placé. Jean Georges (JG) décide de tirer à la côte car c'est là que le vent est le plus favorable. 

 

Top départ !! C'est parti !!! A la barre, JG écoute Calcanéum et opte pour la meilleure trajectoire. Natacha est aux bastaques et pendant ce bord de près, JG lui explique le rôle qu'elle devra tenir lors de chaque virement. Marie Laetitia, Estelle et Vincent sont au rappel et votre serviteur s'occupe du génois et des virements. Le bord tiré à la côte n'est pas trop mal mais nous ne sommes pas encore assez proches d'elle et nous subissons le courant. Les boutes du point de tire sont un peu usés et coincent mal, ce qui fait qu'il faudra le replacer à chaque virement.

 

JG crie "paré à virer"... Personne ne répond.. ahha. Je répète: vous êtes parés à virer... la seule réponse: Ben ouais, on est là pour ça... Alors on vire. Je choque l'écoute et borde de l'autre bord, Natacha a bien suivi pour l'instant, mais je vois devant moi 3 corps qui se hissent difficilement sur le roof, cherchant vainement à se rattacher à quelques choses, 3 corps perdus ne comprenant pas ce qui arrivent et qui en plus de subir la gravité, encaissent nos coups de gueule car ils ne rééquilibrent pas le bateau assez vite. Pas grave, le vent compense nos lacunes. On tire un long bord qui nous ramène à la bouée et tandis que j'hurle sur mes invités, m'excusant de devoir les bousculer de la sorte, mais si je crie, ce n'est pas pour les engueuler mais bien pour que l'info circule à bord. Au rappel, ils ont encore une position presque bourgeoise, alors je les exhorte à sortir les jambes et c'est par l'exemple que j'entraîne mes coéquipiers, qui se demandent ce qu'ils font ici.

 

Calcanéum est remonté beaucoup trop haut sur ce bord et on est sorti de la layline. Le virement de bord est catastrophique. Si Natacha avait bien réussi le 1er virement, elle avait oublié de préparer les bastaques pour le suivant. A bord personne n'est prêt, mais il faut virer et c'est la cata. Je me retrouve un peu débordé et je sens le JG rugir intérieurement. Mais il n'en laisse rien paraître car il sait que ce sont des novices. Alors, il se venge sur moi... ahaha...

 

Tribord Amure, je reste sous le vent pour le petit bord de dog leg ( = petit bord qui permet d'étirer la flotte et dont l'objectif est d'éviter un embouteillage entre les voiliers sous spi ayant déjà viré la bouée et ceux qui arrivent au près)

 

Puis nous revenons vers le comité, au portant et le courant dans le dos. Allure préférée de mon Vincent qui se retrouve ainsi au milieu du voilier, allongé à prendre le soleil, sa petite chérie à porter de main voire de bisous. On pense à lancer le spi mais notre équipage n'est pas en mesure pour l'instant de tenter la chose. Et même si je peux le faire avec JG, on veut garder un oeil sur nos 4 équipiers, alors ce sera ciseau !! La flotte s'étire devant nous, Fredo et Eric sont loin devant nous et on traine un peu derrière. On se dit qu'on se refera sur le prochain passage. On passe la bouée et on remonte au près. Mais cette fois, JG tire plus à terre afin d'éviter les effets contraires du courant.

 

Après un long bord, on décide de virer pour remonter vers la dogleg. Mais le bord précédent au portant a fait rouler le bateau et déjà Natacha sent son estomac rouler également. On a alors une 1/2 équipière. Pas grave, j'explique à mes comparses que je vais prendre les bastaques et que je borderai le génois juste après le virement mais que quelqu'un devra me lâcher l'écoute de l'autre bord. Et je m'adresse à Estelle et Marie en leur demandant de se mettre au rappel plus vite car c'est une personne en moins pour le lest... Il faut qu'elles soient au taquet !!. Et puis on vire, et là c'est la cata. Tandis que je choque la bastaque sous le vent, et borde en grand celle au vent, je suis déjà sous le génois:


Dialogue:

 

- J'hurle: "choque l'écoute, choque, mais choque bon sang !!!!!"

- "Mais c'est ce que je fais !!"

- Je me retourne: "Mais non, là tu bordes, choque merde !!"

- "Mais je fais comme tu me dis, je CHOPE !!"...

Oh putain la journée va être longue...

 

La flotte nous passe devant, on double la dogleg et on se retrouve en ciseau et complètement à la rue. Tout le monde apprécie ce long bord, JG et moi nous regardons et on éclate de rire. En même temps, l'eau est un élément dangereux et on n'est pas là pour casser... Même si le niveau est relevé, on va pas se foutre sur la gueule pour une manche.

 

2011 - Flotte en baie StJean

 

Ce bord de portant sera fatidique pour ma petite Natacha qui voit son estomac se retourner et son cardia s'ouvrir sous l'effet des ondes péristaltiques... on franchit la ligne d'arrivée... Cette 1ère manche qui nous verra finir 12ème devra vite être oubliée. On appelle le comité pour signaler notre malade, un zodiaque vient la prendre en charge avant qu'elle n'agonise. Une bonne expérience pour cette jeune femme qui ne lâchera pas l'affaire et vexée reprendra sa place dès le dimanche sur le voilier.

 

Il s'agit d'un week end découverte, inutile d'écoeurer mes chers amis embarqués dans cette aventure. Nous profitons du répit de l'entre 2 manches pour nourrir nos corps éprouvés, boire et nous refaire une santé. Et puis, plus calmement puisque nous ne sommes pas dans l'urgence d'un virement, je réexplique le vocabulaire ô combien nécessaire à la bonne marche du voilier à ces brillants pharmaciens.

 

Nous apprenons au passage que sur Tee Rack, Léa doit supporter les hauts le coeur de son cher papa qui découvre qu'il a une oreille interne, mais lui ordonne de rester à bord pour la prochaine manche encore !!

 

Tandis que nous prenons quelques repos, et que nous laissons Calcanéum dériver, le comité prépare la 2ème manche.

 

@ suivre

 

PS: Et bien sûr de nouvelles photos dans l'album...

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