phare des baleinesJe vous avais montré, dans le précédent article, comment organes périphériques, cervelet et cerveau travaillaient de concert pour nous permettre de rester en équilibre. Dans cette 2nde partie, je vais vous présenter les pathologies rencontrées lorsque nos systèmes deviennent incohérents ou "malades". Vous trouverez dans la littérature ou sur le net, différentes classifications des vertiges. Plutôt que de faire un bête "copier-coller", j'ai préféré vous rapporter au travers d'anecdotes ces différents troubles de l'équilibre. Ce n'est certes pas parfait, ni exhaustif mais plutôt que de réciter toute la littérature au point d'en devenir nauséeux, j'ai préféré ma manière. Quant aux  types de vertiges dont la prévalence est d' 1/1000000, je vous laisse les commentaires pour m'en faire part et j'y répondrai avec plaisir. 

 

 

vertigeLes vertiges

 

L'instabilité, le déséquilibre ou la désorientation ressentis au cours d'une attaque de vertiges proviennent d'anomalies au niveau de l'oreille, du cou, des muscles ou des articulations, des yeux, du système nerveux ou de n'importe quelle association de ces éléments.

 

Parmi les différents types de vertiges dont je vous parlerai, le plus souvent incommodant pour la personne qui en est victime, il existe une catégorie que je qualifierai de "normal" mais qui peut devenir gênant lorsque le corps ne parvient pas à s'adapter, à savoir le mal des transports, de l'altitude...

Il ne s'agit pas ici d'une pathologie organique mais bien d'un conflit sensoriel encore appelé "illusions".


Traitons donc chacun de ces "maux" dont le mal de mer auquel je fus particulièrement sensible par une belle nuit du mois de mai et qui m'a valu un horrible surnom qu'un pote kiné semble vouloir faire passer à la postérité.

 

Nous sommes dans la nuit du 07 au 08 mai pour fêter les 40ans de mon cher président du YCB, Cricri... La fête bat son plein, l'alcool est présent mais nous buvons raisonnablement car le 08/05 à 14.00 sera donné le départ des 100 milles (une régate annuelle où la flotte des voiliers de la manche et de la mer du nord se battent dans une course au large). Mais nous sommes une bande d'amis et nous éteignons avec malice la lueur de Sagesse qui nous ordonne de nous mettre au lit pour être en forme pour cet évènement nautique et la soirée se poursuit jusque 07h du matin. Pas le temps de dormir, car il faut préparer son bardat et aller préparer le bateau. Jusque là tout baigne. La course est lancée, et je pense être aguerri dans une mer légèrement houleuse. On est là pour la gagne et on ne pense pas à son petit confort, juste à faire marcher le voilier (à l'époque, je naviguais sur Calcanéum). La nuit tombe sur l'onde océane et les repères habituels s'effacent pour la table à carte, le chronomètre et tout l'arsenal informatique embarqué. Et là, mes sens sont mis à rudes épreuves !!! Mes yeux ne voient que la voile et de temps à autre l'horizon sombre qu'éclaire une lune encore pâle. Mes cellules proprioceptives me disent que le bateau roule légèrement et sont contraintes à me maintenir en équilibre (sensation de bouger rapidement). Mais un feeling 850 dépasse rarement les 7 noeuds sous 3 beaufort. Donc, pour mes yeux, je suis immobile, pour mes muscles et mes tendons je vais super vite et la réalité est que je vais au ralenti !!! N'oublions pas l'alcool (même s'il n'y avait pas de quoi s'envoyer en l'air mais même quelques verres suffisent à perdre l'équilibre) et la fatigue accusée depuis la veille.... Bilan 3 infos discordantes et 2 états "anormaux" plus tard et me voici avec un énorme mal de mer !!! avec le petit déj, le repas du midi et la tambouille du soir qui passent par dessus bord et dans le cockpit !! Je ne vous fait pas de dessin et, peut être à cause du froid et à la vue de tous ces aliments à moitié digérés, tout l'équipage a suivi dans ce débordement gastrique, sauf mon foutu kiné qui est resté insensible et qui depuis me harcèle avec cet épisode (lequel, je le rappelle est unique dans mon histoire de jeune marin !!)

 

Passons aux autres maux dits "normaux" et rassurez vous, je vais me calmer quant à mes petites histoires car c'est la seule fois où j'ai vraiment eu un désordre de l'équilibre et redevenons par la même plus scientifique.

 

Concernant le mal des montagnes, voici ce que l'on peut dire: Vous venez de gravir un sommet quelconque et voilà que vos yeux fixent un horizon immobile. Malheureusement pour vos statolithes, la terre tourne, le sol bien qu'immobile oscille légèrement... hop, les petits vertiges apparaissent. Mais ceci n'est pas la seule cause de ce qu'on nomme le mal aigu des montagnes. En effet; j'habite en bord de mer. Si la composition de l'air est similaire entre Boulogne Beach et le sommet du Mont Blanc, la pression n'est pas la même. L'air est moins dense et les molécules d'oxygène sont bien plus rares, ce qui fait qu'à chaque inspiration, je respire "moins bien". Logique, car moins d'oxygène pénètre dans mon corps. C'est là que nous voyons toutes la beauté de notre adaptation, car le corps va réagir pour nous permettre de nous acclimater. En cela, la respiration va devenir plus rapide et surtout plus profonde. En augmentant le débit respiratoire, le sang sera ainsi mieux oxygéner. Ceci est "l'adaptation rapide". Si votre séjour montagnard dure dans le temps, un autre mode d'adaptation, dit "lent" va prendre le relais à savoir le système hormonal. Celui ci, devant la carence en oxygène (c'est le stimulus), va synthétiser une hormone qui va favoriser le développement des globules rouges. Cette hormone est l'érythropoïétine. Et là je me réfère au "Daily Star" ( cf Lucky Lucke): Qui dit plus de globules rouges, dit plus de transporteurs d'oxygène.; qui dit plus de transporteurs d'oxygène, dit meilleure oxygénation du corps !! Ouvrons la voie à l'érythro !!! ;-)

 

Finissons cette 1ère partie par le mal des transports (automobile, train...). Que se passe t il ?? Vous êtes à l'arrière d'une voiture, en partance pour d'agréables vacances et vous regardez le paysage. Pour les yeux, vous vous déplacez horizontalement. Malheureusement pour nous, la SANEF, SAPN, ASF et autres sociétés des autoroutes ne font pas des routes parfaitement planes et la voiture soubresaute... Les cellules proprioceptives sentent un déplacement vertical. Ces 2 infos arrivent au cerveau. Oups, ca ne concorde pas... Papa !! Arrête la voiture j'ai envie de vomir !!!

 

Voilà donc pour les troubles normaux. Voyons maintenant les autres types de vertiges, plus pathologiques, qui ont une origine de type:

  • auriculaire
  • centrale
  • cervicale
  • visuelle
  • atteinte de l'appareil locomoteur

Concernant l'origine auriculaire, une simple modification de la pression des liquides de l'oreille interne, une perturbation de la circulation sanguine, une infection ou une inflammation (qu'elle touche l'oreille interne ou le nerf auditif) peut entraîner des vertiges. C'est la cause la plus fréquente.

 

Pour l'origine centrale, il arrive que le cerveau ne réponde pas correctement à un/plusieurs stimuli. Toutes personnes ayant participé à une soirée quelque peu arrosée s'en souvient parfaitement. En dehors de la gueule de bois qui nous attend le lendemain matin, on s'aperçoit vite (ou plutôt vos corréligionnaires le remarquent et souvent ça les fait rire) que le corps répond plus difficilement aux stimuli extérieurs. Mais on peut également rencontrer cet état dans des situations de stress émotionnel intense.

 

Pour l'origine cervicale, le problème viendrait de messages anormaux envoyés par les muscles du cou au cervelet (centre de l'équilibre). Je dis "viendrait" car si on connait actuellement l'influence du système cervical chez les animaux, les analyses sur l'homme sont difficiles à interpréter et à prouver. Ceci est donc une parenthèse en attendant de nouvelles réponses pour l'homme.

 

Pour l'origine visuelle, les vertiges trouveraient leur origine dans les troubles de réfraction et de convergence pouvant entraîner une instabilité

 

Enfin, parlons des vertiges par atteinte de l'appareil locomoteur. Ce phénomène est assez rare et lorsque le sujet est touché par ce dysfonctionnement, il a la sensation permanente de chuter, comme s'il se trouvait en état de déséquilibre permanent auquel s'ajoute la sensation de ne pas pouvoir compenser ce déséquilibre.

 

Voilà pour l'essentiel. Passons maintenant à un cas particulier, à savoir la maladie de Ménière.

 

 

Prosper MeniereLa maladie de Ménière

 

 C'est en 1861 que le Dr Prosper Ménière (médecin français) découvre la maladie qui portera son nom. Cette maladie se caractérise par des épisodes imprévisibles et récurrents de vertiges, accompagné d'acouphènes (sensation de sifflement ou de bourdonnement à l'intérieur de l'oreille) et d'une baisse de l'audition. Cette maladie chronique de l'oreille interne se manifeste chez des sujets âgés de 30 à 50 ans et affecte également les hommes et les femmes. Si on sait reconnaitre les symptômes de la maladie, on n'en connait malheureusement pas sa cause réelle. Les hypothèses actuelles orientent vers des facteurs déclencheurs tels que des blessures, des infections...

 

Physiologiquement, les symptômes seraient dus à un excès de fluides (l'endolymphe dont je vous ai parlé dans le châpitre précédent), lesquels augmentent la pression au niveau de l'oreille interne perturbant les signaux d'équilibres envoyés au cerveau. Que se passe t il durant une attaque de vertige...? Vous l'avez deviné grâce à l'article "anatomie", des renseignements contradictoires parviennent au cerveau comme si le corps était à la fois debout et couché.

 

Durant les 1ères années de la maladie, on constate une intensification des vertiges, attaques qui tendent à se raréfier avec le temps et finissent par s'atténuer. Mais des problèmes constants d'équilibre peuvent persister car les attaques successives auront eu raison de votre oreille interne en provoquant des dommages irréversibles. En effet, un certain nombre de cellules ciliées (reliées aux fibres nerveuses) auront succombé et ne seront malheureusement pas renouvelées ou remplacées. On constate parallèlement une perte de l'audition. Au début, ces pertes auditives ne se constatent que pendant les attaques mais elles finissent par persister et s'aggraver (nous avons vu les liens étroits qui existaient entre équilibre et audition).

 

Quels sont les signes précurseurs d'une attaque:

  • Sensation de plénitude dans l'oreille
  • Perte partielle d'audition accompagnée ou non d'acouphènes
  • Maux de têtes
  • Sensibilité aux sons
  • Etourdissement
  • Perte d'équilibre

 

Pour les personnes ayant dans leur environnement une personne atteinte de cette maladie, voici à quoi ressemblent les symptômes d'une crise. Celle ci peut durer de 20 min à 24h. On imagine facilement l'épuisement physique ressenti par le patient qui subit:

  • Des vertiges intenses et soudains
  • Une perte partielle de l'audition, des acouphènes
  • Des étourdissements, une perte d'équilibre
  • Un nystagmus (mouvements rapides et incontrôlables des yeux)
  • Des nausées, vomissements, sueurs, maux de ventre et diarrhées

 

Comme on ne connait pas la cause réelle de la maladie de Ménière, on va essayer de contrôler les facteurs de risque à savoir:

  • Les périodes de stress émotionnel élevé
  • Une grande fatigue
  • Les changements de pression barométrique
  • L'ingestion d'aliments trop salés ou  riches en glutamate. On évitera aussi la caféine et l'excès de sucre, sans oublier le tabac.
  • Eviter également les allergènes
  • Concernant les médicaments, il est à noter que les diurétiques et les vasodilatateurs peuvent être à l'origine d'une crise (mais ça ne signifie pas que toutes les personnes recevant ces traitements vont déclencher une attaque de vertiges...)

 

voilà, je ne dis pas que nous avons fait le tour de la question, car le corps humain est une énigme encore à résoudre, mais j'espère avoir répondu à la plupart de vos questions. Restant à votre disposition pour approfondir quelques points obscurs...

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