PICT0155  Si les mots permettent de narrer les aventures, de  conter les histoires, de décrire une émotion, de transmettre une sensation, de décrypter sous quelque trait l'âme, comment peuvent ils peindre un silence, exprimer l'innocence devinée derrière un regard extatique et quasi enfantin... c'est pourtant avec ces mots que j'essaierai d'esquisser un week end nautique, estampillé d'une classe à l'internationale, une route du beaujolais qui affiche déjà une improbable jeunesse mais portant en elle le souffle généreux des acteurs qui se sont succédés, me permettant ainsi de parodier Baudelaire en ces mots: L'âme de cet évènement a plus de souvenirs que si elle avait 1000ans.

Vendredi 21/11, 06.00. Voici quelques semaines que je pense à cette nouvelle édition de la route du beaujolais, avec l'impatience de revoir les amis, de partager un moment de joie à terre et des instants de pur bonheur sur l'eau. Et comme certains voyages ne doivent pas se faire seul, cousins et amis Suisses se joignent à moi pour participer à l'évènement, rejoignant ainsi la Belgique avant de franchir d'autres frontières vers le port de Boulogne sur mer et la ville de Douvres, fief régatier de la perfide Albion.

Après avoir répondu à quelques obligations, et avant de prendre la route vers le port de plaisance boulonnais, je profite du temps qu'il nous est imparti pour faire visiter les hauts lieux de Bruxelles aux helvètes. De la grand Place, patrimoine de l'Unesco au Delirium Tremens, du MannekenPis au bon vieux temps, du palais royal à Greenwich en empruntant les célèbres galeries de la capitale et une prière à sainte Gudule, tous les temples érigés par la culture de ce royaume de Belgique sont traversés et nous marquons d'une empreinte notre passage afin que les murs se souviennent de nous. La journée avance et il est temps de partir vers la cité portuaire.

Après 2h30 d'un road trip entre hommes au cours duquel je rassurais mes comparses quant aux qualités de mes compagnons de navigation, quant à la météo qui annonçait un we suffisamment ensoleillé et doux avec des vents soufflant de secteur de Sud, ceux ci découvrirent nuitamment le littoral de la Côte d'Opale, sa plage, sa jetée, son aquarium et surtout son yacht club dont on apercevait au loin les feux de position, d'où émanait la chaleur d'une atmosphère festive et vibrant de l'âme bien trempée de ses membres, déjà actifs autour du bbq.

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Fredo et Pierre Jean sont à l'accueil, heureux et cependant mesurés quant à la cuisson des harengs. Cédric et Ludo, qui seront nos compagnons de navigation, se présentent aux helvètes et on devine à travers leurs regards qu'une connection s'est déjà établie. Quelques traits d'humour pour faire tomber les masques et chacun parle de sa longue expérience nautique ou de sa virginité sur les eaux salines, le tout arrosé d'un beaujolais qui ne semble plus être apprécié que par les anglais dont le goût culinaire et viticole se situe à l'échelon le plus bas des nations mondiales. Aussi, à force de s'isoler sur une île, risque t on une certaine consanguinité qui dénature le gustatif !! Qu'importe, puisqu'au son du "31 du mois d'Aout" jusqu'à l'histoire de la colonne Napoléon, dont la statue de Nelson n'est qu'un ersatz, nous recevons les GBR qui ont pris possession du YCB, de son bar, de sa piste de danse, de ses marins qu'ils entraînent dans des danses aussi folkloriques qu'incertaines. Et ils sont nombreux ces marins, venus du Touquet et de Calais, renforçant la flotte qui s'apprête dans moins de 24h à envahir la Grande Bretagne. Car ce n'est pas moins de 35 voiliers qui prendront le départ et c'est historique !

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L'ambiance est chaleureuse en ce vendredi soir et les accords de guitare entretiennent cette douce atmosphère. La nuit sera longue, les échanges seront ripailleurs, que c'est bon de revenir à la maison. La journée de samedi sera longue, mais la joie des retrouvailles éteint toute discipline et nous prolongerons tard dans la nuit des festivités. 

Samedi 22/11.07.00. Les corps aimeraient rester sous la couette, mais les esprits sont déjà à la fête. L'euphorie de la traversée, l'envie de s'amuser, l'envie de se dire que le temps s'est arrêté et que nous sommes redevenus des gamins l'espace d'un we. Petit déj avalé, douché, les caisses de beaujolais sont chargées et les fromages français ne sont pas oubliés. Déjà certains voiliers sont sur le départ. Il est 10h et tandis que nous sommes déjà embarqués sur "Sous mama boulé", les derniers marins quittent Boulogne sur mer. La météo est plus que propice pour cette traversée. Vent de Sud, pas de houle, le soleil illumine notre plan d'eau. Tous les voiliers portent fièrement le spinnaker pour rejoindre Douvres. Imaginez une flotte de 35 navires, toutes voiles dehors, dont les spis bigarrés sont les figures de proue. On s'imagine déjà refaire Trafalgar avec les français vainqueurs de cette bataille navale.

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L'ambiance à bord est donc au délire mais aussi à l'étude puisque c'est l'occasion pour nos montagnards de découvrir le gréement courant servant à la manoeuvre. Ludo regarde d'un oeil bienvaillant son équipage, tantôt à la barre, tantôt à la nav', Cédric règle quelques écoutes et les suisses découvrent les plaisirs de la navigation. Et puis, même si ce n'est qu'un convoyage, nos âmes trempées de régatiers s'affutent et nous naviguons tout de même pour remonter la flotte. Se détendre, c'est bien, jouer et gagner c'est mieux. Les falaises de Douvres se dessinent après 2h15 de navigation puis nous redécouvrons la marmite devant la cité maritime avant de savourer le calme de ses eaux derrière la rade. Plus que quelques manoeuvres et hop nous accostons: WELCOME TO DOVER ! Ludovic, en bon commandant, se présente aux autorités portuaires pour les formalités, tandis qu'un repas est improvisé à bord après ces 3h de route qui ont aiguisé nos appétits. Il est 12h.... euh non, 11h... décalage horaire oblige !! eh bien, avant de manger, l'apéro s'impose.

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L'après midi se déroule au rythme de chacun. Promenade dans la cité du comté du Kent, où l'unique rue principale affiche des pubs typiquement anglais et des magasins aux vitrines d'un autre temps parmi lesquels on redécouvre des barbiers, des marchands de 4 saisons, une quincaillerie.... sans oublier en cette période de festivité chrétienne le marché de Noel... Une véritable balade en amnésie. L'heure, bien qu'anglaise, tourne et dans le bon sens (c'est d'ailleur le seul bon sens qu'ont nos voisins anglais...  ) et il est temps pour nous de retourner au port et de faire un brin de toilette avant de revêtir une tenue plus appropriée pour le So Select Britisch RCPYC (Royal Cinque Port Yacht Club). Bon nombre de français sont déjà sur place, installés dans de confortables fauteuils, accompagnés d'une pinte. Les échanges vont bon train et il faut éteindre notre belle langue de Molière pour s'approprier, le temps d'une soirée, celle d'un certain William Shakespeare, exercice auquel s'adonne avec brio notre président lors de l'échange des cadeaux avec nos hôtes. Puis le dîner s'annonce prometteur autour du traditionnel fish and chips, qui détonne dans ce lieu où les boiseries cotoient le cuir et les multiples trophées en argent. Mais nous ne sommes pas à la cour de sa majesté, plutôt dans un grand jardin d'enfants, et pour assurer cette ambiance, les touquettois ont déjà détourné à leur profit le micro du Band invité pour animer la soirée.

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Quelques chants s'élèvent et sont repris, mais on laisse les chanteurs oeuvrer et nous discourons aux différentes tablées. Cependant, nous ne nous éterniserons pas car il faudra partir le lendemain avec la marée... et le départ est prévu pour 6h du matin. Voici près de 48h que nous sommes réveillés et il faut, malgré le plaisir de vivre cet évènement, se discipliner.

 

23/11 06.00: Le réveil a sonné depuis déjà 30min. Ludo en bon capitaine a commencé à préparer la garde robe de son cher voilier aidé de Cédric tandis que d'autres s'affairent au petit déjeuner. Nous quittons les pontons, la nuit est claire et les étoiles sont autant de phares dans cet espace hostile à l'homme. Pour Marc, Gérard et Olivier, naviguer de nuit est une première. Comme on se sent perdu sans nos repères habituels. Les sons se propagent différemment, le sens de l'orientation est perturbé, les voiliers ne sont plus que des points rouge, vert et blanc que balisent les feux de position. Tout change et on peut se sentir désarmé et impuissant mais toujours fasciné. La confiance de mes comparses envers Ludo et Cédric est sans borne, ils peuvent alors percevoir sans appréhension toute la petitesse et la grandeur de leur humanité.

 

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Puis le soleil se lève sur la côte française, merveilleux spectacle qui rassure et réchauffe. Nous laissons la bouée bassure de Bass sur babord et nous filons sur Boulogne en longeant le littoral. Courant et vent, nous obligent à 2 virements de bord et malgré la fatigue, le plaisir de découvrir et de participer aux manoeuvres est omniprésent. Le voilier est amarré. On se remémore ce splendide we, quelques idées de revoir germent dans nos esprits avec l'envie de respecter cette promesse tellement cet instant de rencontre fut riche...

 

Il est temps de revenir au quotidien... mais des rêves plein la tête...

 

Et toutes les photos se trouvent dans l'album éponyme

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