OMSL'OMS lance de nouveau un signal d'alarme pour lutter contre la surconsommation d'antibiotiques qui favorise le développement des résistances bactériennes. Plutôt que de vous faire un copier coller des milliers d'articles déjà parus sur le sujet, je vais vous emmener sur les chemins de la découverte des antibiotiques et vous montrer comment ce jeu incessant, où la nature l'emporte une fois de plus, de destruction ou de contournement des défenses bactériennes et d'établissement de nouvelles lignes de défense s'effectuent....

 

Commençons par connaître notre ennemi.

 

La bactérie est un organisme vivant, unicellulaire procaryote qui peut se présenter sous différentes formes: sphériques (coques), en bâtonnets (bacilles), ou de formes plus ou moins spiralées.

  • Elle possède une paroi, pouvant être de 2 types (à l'origine de la différence en Gram+ et Gram-) qui lui confère sa forme et la protège contre l'éclatement ( effet de la pression osmotique du cytoplasme).
  • Elle possède un seul chromosome, sous forme d'un fil d'ADN généralement circulaire. Cet ADN comporte toutes les informations utiles à sa croissance, son développement, sa reproduction... comme notre propre ADN. Mais en plus de cet ADN génomique, on rencontre des ADN circulaires extra chromosomiques appelés plasmides.
  • Elle possède également des ribosomes, responsables de la synthèse protéique mais également d'autres organites qui restent propres aux diverses espèces.
  • On peut rencontrer également des structures extracellulaires comme les flagelles, les fimbriae, les pilis sexuels.

Voici pour les grandes lignes.

 

Discutons maintenant de cet arsenal chimique dont nous disposons grâce au génie de Sir Alexander Fleming, qui en 1928 oublia ses boites de pétri ensemencées de souches bactériennes et qui furent contaminées par un champignon (Penicillinum notatum), développé à partir d'un sandwich qu'il avait négligemment abandonné et qui inhiba la multiplication des bactéries. A noter au passage, que la pénicilline avait déjà été identifiée par Ernest Duchesne à la fin du XIXème siècle mais qu'il n'avait vu là qu'un antagonisme moisissures/microbes. Comme quoi le génie peut venir de l'insousciance, de la distraction et surtout de l'imagination... n'est ce pas...??

 

Bref, cette découverte allait changer la face du XXème siècle.

 

Quels sont les paramètres d'activité d'un antibiotique:

  1. Soit il inhibe la multiplication bactérienne et on définit ainsi la CMI (Concentration Minimale Inhibitrice) qui est la plus faible concentration d'antibiotiques qui inhibe la multiplication bactérienne en 18/24h.
  2. Soit il tue la population bactérienne et on définit ainsi la CMB (Concentration Minimale Bactéricide) qui est la plus faible concentration d'antibiotiques qui tue 99.99% d'une population bactérienne en 18/24h.

C'est bien gentil de savoir qu'un champignon peut tuer des bactéries, mais il faut savoir comment il y parvient. Comme ça, plutôt que de passer un temps fou à cultiver des champignons, d'extraire leur toxine, de les purifier et de les administrer, on pourra synthétiser, grâce à la chimie, ces dites molécules salvatrices.

 

Les mécanismes d'action des antibiotiques:

 

Les antibiotiques vont empêcher la formation de ce qui est vital pour la bactérie et je vous renvoie au point sur la définition de la bactérie. Donc l'antibio va agir en inhibant:

  • soit la synthèse de la paroi cellulaire: En effet, sans paroi cellulaire, difficile de conserver une bactérie vivante. C'est un peu comme si on virait votre squelette. Vous ressembleriez à un étron sur la chaussée, votre cerveau voisin de la rate, votre anus à côté de votre bouche... essayez de vivre comme ça.. croyez moi, la nature vous avorte de suite et c'est un peu ce qui se passe ici.
  • soit la synthèse des protéines: Sans protéines, qui sont des macromolécules constituées par un enchaînement d'acides aminés et ayant une structure spatiale propre à chacune d'elle, pas de vie. En effet, les protéines ne servent pas qu'à faire du muscle et à se pavaner sur les plages de France et de Tahiti, mais ont des rôles divers et bien définis. On rencontre des protéines motrices, régulatrices, de structure, de signalisation, de transports... et sans ces protéines, la bactérie ne peut rien faire et claque bêtement.
  • soit la synthèse des acides nucléiques: que l'on retrouve dans l'ADN et l'ARN. Ces 2 géants moléculaires (ADN et ARN), sont porteurs de l'information génétique. Vous vous doutez bien que sans ces informations pas de vie possible. Imaginez vos parents en train de vous créer mais le spermatozoïde et l'ovule qui se rencontrent n'ont aucune info à s'échanger... ça ne donne rien. Le seul a avoir réussi le coup, c'est Dieu, lequel en mélangeant de l'argile à de l'eau (mais pas d'infos génétiques) a réussi à faire Adam...

 

schemabactVoilà comment on peut atteindre les bactéries et comment les chercheurs ont mis au point toutes les gammes d'antibiotiques s'attaquant à ces diverses régions bactériennes. Le problème est qu'à ce jeu du chat et de la souris, la souris gagne toujours, et les résistances développées par les bactéries sont fantastiques. Mais alors, me direz vous, si les antibios tuent les bactéries, comment peuvent elles résister?

 

Hé bien, comme toujours, il y a un petit con qui se planque, qui observe et qui lance la riposte. Voyons ce qui se passe. S'il nous faut un homme et une femme, une soirée aux chandelles, une peau de bête négligemment jetée près d'une cheminée, et l'étreinte de ces 2 corps bouillants comme la braise pour qu'un minuscule spermatozoïde rencontre un gros ovule et donne 9 mois plus tard un beau bébé jouflu (oui, c'est très cliché... mais bon, c'est pour mes lecteurs/lectrices romantiques), les bactéries ne "s'emmerdent" pas avec tout ça. Pour reprendre le dialogue du film "Evolution":

 

- Pas de sexe ??

- Pas l'temps pour le sexe !!

- Pas d'bol.

 

Ouais... pas d'bol pour les bactéries mais surtout pas de bol pour nous. Et c'est par un exemple simple que je vais tenter de vous montrer comment ça se passe.

 

Prenons une bactérie souche qui effectue sa mitose (division). Au bout de 30 min, nous avons une nouvelle génération constituée de 2 cellules filles. 30 minutes après, chacune des cellules filles s'est divisée donnant 4 nouvelles cellules, puis 30 min après 8 cellules, puis encore 30 min après 16.... et ainsi de suite. A la 10ème heure, on arrive a 1 048 576 bactéries. Vous imaginez les dégâts si on se reproduisait de la sorte. Bref, on a dépassé le million. Maintenant, j'intègre la donnée de mortalité et si un certain pourcentage de bactéries meurent à chaque génération, il faudra juste un peu plus de temps pour atteindre ce 1er million de bactéries. A la louche, disons la 14ème heure. Et tandis que vous luttez contre une infection bactérienne, y'en a bien une qui va s'planquer et comprendre comment fonctionne l'armement ennemi, et grâce à son patrimoine génétique, tester des outils (protéines) qui lui permettront de résister et donc de se maintenir en vie. Une seule bactérie développe une résistance et 14h plus tard, on a un million de bactéries qui éclatent de rire quand elles voient arriver les molécules d'antibio. Et voilà, le tour est joué. Et ça c'est pour une résistance, car chez les bactéries aussi on trouve des Einstein et certaines souches trouvent 1 voire plusieurs failles à ces antibio et hop, ça contrecarre, d'où les multirésistances.

 

Voilà pourquoi aujourd'hui, on tire la sonnette d'alarme. Depuis les années 1930, vous imaginez le nombre de bactéries qui se sont reproduites. Une multitude est morte et d'autres ont survécu en s'adaptant.

 

Pour ceux qui ont du mal à comprendre l'adaptation, pensez simplement au fait que la diversité animale et végétale qui habite cette planète et que vous observez au quotidien provient d'une bête cellule qui a émergé voici quelques milliards d'années. Son patrimoine génétique s'est modifié en fonction de son environnement et hop, nous voilà  au XXIème siècle !!

 

Revenons à la sonnette d'alarme. Le problème avec les bactéries et les chercheurs, c'est que les bactéries trouvent plus vite que nous une réponse aux agressions. Normal, il faut 9 mois pour faire naitre un chercheur, le temps qu'il use ses fonds de culotte sur les bancs de l'école, qu'il décroche son baccalauréat, qu'il fasse ses études, qu'un labo veuille bien l'employer, qu'on lui trouve des budgets et qu'enfin ce chercheur devienne trouveur, les bactéries ont déjà trouvé la parade. Jusqu'à présent, ça se passait pas trop mal car les chercheurs savaient où chercher, mais on risque de vite passer dans une ère post-antibiotiques, dans laquelle, un certain nombre d'infections courantes ne pourront plus être soignées. Ajouter à ça, les contrôles vétérinaires qui envahissent le monde alimentaire, le stress, le manque de sommeil... bref, c'est notre système immunitaire qui n'est déjà plus sollicité et si on se retrouve sans antibio efficace, les pages nécrologiques de vos journaux quotidiens vont s'aligner et remplacer vos pages sportives.

 

Donc, plus nous consommons d'antibiotiques, plus nous favorisons l'émergence de nouvelles bactéries (c'est l'adaptation) qui trouveront refuge dans nos petits corps tout frêles et qui se propageront dans la population aussi aisément qu'une rumeur. Les antibiotiques actuels devenus inefficaces, on se retrouvera dans une impasse thérapeutique car on ne trouve pas aussi vite que ces bestioles. Il s'agit donc de changer de comportement face à la maladie et ceci concerne aussi bien les médecins que les patients.

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